fabien Administrateur

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Posted: 31/03/2007 12:18:18 Post subject: Journal d'un fantôme de Nicolas De Crécy |
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Faut pas le dire mais j'ai toujours eu une gène avec De Crécy, idolâtré par tous : certes c'est un graphiste fabuleux, mais je trouvais (et là je vais me prendre une volée de bois vert) qu'il y avait une « légèreté » dans son travail, comme un manque de fond indéfinissable dans ces histoires qui me laissaient loin de lui. Je lui reconnais un univers extraordinaire et profond, graphiquement, cest ce qu'il racontait qui me gênait : comme si je ne comprenais pas toujours à quoi il voulait en venir ; une sorte de façade de théâtre, superbe mais qui cachait quoi ? Je me souviens de l'avoir découvert avec Thierry à la sortie de Foligatto il y a longtemps : c'était une claque visuelle, mais le gatto était limite indigeste. Depuis De Crécy est admiré pour cette virtuosité, alors qu'il n'a pas cessé de chercher à la casser : cherchant le croquis, cherchant à alléger son trait. C'est ce que je préfère chez cet auteur : une quête perpétuelle de renouvellement. Comme pour Blutch, son sujet c'est le Dessin, représenter la vie, le mouvement, ces BDs ne sont qu'une suite d'interrogations sur sa propre virtuosité.
Peut-être ai-je mûri depuis ? et lui aussi ? mais depuis son superbe Prosopopus, de Crécy me réinterresse ; il vient de sortir chez Futuropolis (décidément qu'était la BD avant le retour de Futuropolis ?) : « Journal d'un fantôme », du coup j'ai décidé de ne manger que des nouilles pendant un mois et de me l'offrir (24 euros - 225 pages). De Crécy y remanie ses carnets de croquis, notamment un récit paru ailleurs, pour en faire une oeuvre cohérente mais chaotique interrogeant son propre travail : qu'est ce que le dessin ? superbes croquis d'architectures, de statuettes, pff, ça m'a filé le vertige! Attention ça n'est pas un livre facile.
L'idée de base est très intelligente et éclaire son travail précédent : un publicitaire et un Dessin ( !) qui n'arrive pas à trouver sa forme parfaite viennent au Japon pour étudier le graphisme des autres dessins. Le Dessin est de la famille de bibendums et autre prosopopus habituels : une boule molle très sympathique. Notre ami Dessin erre sur les traces de De Crécy lui même, au japon, jusqu'à ce qu'ils se rencontrent dans l'avion qui les ramène à Paris. De Crécy mort de peur (l'avion) parle avec le Dessin de ses angoisses, de ces appréhensions, de ce qu'il refuse dans le dessin (l'anecdotique, le cliché...), et de ce qu'il y goûte (le bonheur de dessiner). Etonnant carnet de croquis, clef de toute une oeuvre, bouleversant (L'auteur s'ouvre un peu, il évoque le dessin et la mort, le dessin comme fantôme). Pour moi, un livre essentiel. Et une définition de la bande dessinée et du dessin, qui m'a convaincu :
 _________________ "Love LOVE LOVE"
Last edited by fabien on 14/04/2007 12:13:13; edited 1 time in total |
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